Le futur de l’organisation de la supervision


Michel Moral

Mon mot du jour concerne un article paru récemment dans le périodique e-O&P qui consacre deux numéros à une discussion entre spécialistes sur le futur du coaching.

L’auteur, Vikki Brock, se place du point de vue de l’ICF aux USA pour décrire en détail les prises de position successives de l’ICF sur la question de la supervision et prendre elle-même parti dans le débat. Je peux fournir une copie de l’article à ceux ou celles que cela intéresse.

Cet article est en résonnance avec celui de Bob Garvey paru dans le précédent numéro du même périodique où il traite de son sujet favori : l’évolution du coaching depuis le « Wild West », système sans loi, vers le « Néo-féodalisme », monde de privilèges et de surveillance. Il voit en effet se former les strates depuis le coach non accrédité, puis accrédité à divers niveaux, puis le superviseur non accrédité et enfin accrédité. Une stratification analogue à celle qui distinguait écuyer, chevalier, baron, vicomte, comte, marquis, duc…

Bob est Professor de Management à l’Université York St John. La providence l’a doté d’un très gros QI et d’un humour décapant. Il mène sa croisade depuis des années, de colloque en colloque. Dans mon mot de juin 2014 sur le colloque international de superviseurs qui se tenait à Ashridge je disais :
« La question du néoféodalisme (présentation de Bob Garvey) est centrée sur celle d’un pouvoir détenu par peu de personnes, en particulier celui de décider comment la profession se structure.

Pour l’instant, ce sont surtout des groupes de travail spécialisés au sein des associations de coachs ou de superviseurs qui ont l’initiative, un peu sous la pression des clients, pas du tout à la demande des coachs eux-mêmes et bientôt beaucoup sous la pression des Pouvoirs Publics (UE en particulier). Ces groupes ne représentent que quelques dizaines de personnes dans le monde, fort peu en vérité, et qui en outre se connaissent bien. Vaste sujet de réflexion qui a donné lieu à de passionnantes discussions. »

Dans son article Vikki, qui est membre d’ICF (MCC) et spécialiste de l’histoire du coaching, voit l’apparition des mentors pour coachs dans le milieu des années 90. Ce n’est qu’en mars 2010 (le 25, exactement) qu’ICF définit le « mentor coach » dont le rôle est de porter le coach vers l’accréditation (« credential ») en le coachant sur ses compétences.

Un peu plus tard, en 2012, l’ICF précise comment elle distingue le « mentor coaching » de la supervision des coachs.
Vikki donne ensuite des explications bienvenues sur les diverses prises de position d’ICF sur la supervision intervenues au cours de l’année 2014 et qui n’étaient pas très claires vues d’ici : Damian Goldvarg (President) en juillet, Task Force de Tammy Turner, George Rogers (Assistant Executive Director) le 26 septembre et enfin clarification sur le site ICF le 14 décembre.

C’est sûr, le fait que la supervision devienne progressivement obligatoire ne plait pas à Vikki. A ce point, il faut souligner que ce que recouvre exactement la supervision n’est pas très clair mais elle précise les références exactes que chacun peut consulter. Selon elle les dangers pour la profession de coach sont les suivants :

  • Rendre floue la limite entre coaching et psychothérapie
  • Permettre aux Pouvoir Publics une régulation abusive
  • Faire supporter aux coachs des dépenses excessives
  • Et finalement contrôler l’industrie du coaching au bénéfice de ceux ou celles qui exercent ce contrôle (ce qui rejoint la thèse de Bob Garvey).

Elle conclut cette partie en écrivant : « This culture shift in the coach profession to more control by professional associations, through mandated supervisory practices, may lead to coaches voting with their feet”.

Si nous ne pouvons discuter ici de ce qui se passe aux USA et dans quelle mesure les craintes de Vikki y sont fondées, il semble que la situation en Europe est différente : l’Union Européenne et certains gouvernement (Italie par exemple) ont commencé à mettre leurs doigts dans le pot de confiture tandis que le monde Anglo-Saxon découvre avec stupéfaction le travail remarquable mené par l’ANSE.


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A propos de Michel Moral

Michel Moral a été dirigeant au sein d’entités internationales chez IBM. Il a vécu plusieurs années aux USA, en Allemagne et en Autriche. Ingénieur de formation (Centrale Paris) il est aussi docteur en Psychologie. Il est passionné par la question de l’efficacité d’une équipe dirigeante et par celle de l’intelligence collective. Enseignant à Paris VIII, à l’Université de Cergy-Pontoise et au CRC d’HEC, il coache des dirigeants, des équipes dirigeantes et supervise des coachs et peut intervenir en Français et en Anglais.