Archives du mois : juin 2015


Un colloque et un council pour la supervison

Michel Moral

Mon mot du jour concerne deux évènements récents où il a été question de supervision, mais pas beaucoup…

Tout d’abord le Council de l’EMCC qui s’est tenu à Londres le 12 juin et était consacré au plan stratégique 2015-2020. Quelques discussions intéressantes ont eu lieu en aparté avec les représentants de la Hollande et de l’Allemagne. Dans ces pays supervision et coaching sont deux métiers clairement distincts.

  • En Hollande l’association Nobco (2000 membres, affiliée à l’EMCC) exclut la supervision de son champ et laisse le soin à LVSC (National Association of supervision and coaching, environ 2300 membres et affiliée à l’ANSE) de s’en occuper. LVSC a accrédité 12 programmes pour la formation des superviseurs. Il y a en outre deux programmes qui ont reçu l’ESQA de l’EMCC, ce qui fait donc au total 14 écoles de superviseurs en Hollande.
  • En Allemagne les grandes associations internationales sont très peu représentées et il y a 30 associations de coachs. Onze d’entre elles ont formé une « Roundtable » afin de définir quelques directions communes. Pour la supervision, Deutsche Gesellschaft für Supervision (environ 2000 membres et affiliée à l’ANSE) couvre tous les types de ce métier et participe à la « Roundtable ».

En second lieu, le colloque sur la recherche en coaching et mentoring de l’EMCC a eu lieu à Varsovie les 23 et 24 juin. Environ 120 participants venant de 14 pays s’y sont rassemblés, avec beaucoup de coachs de la génération Y qui voient les choses « autrement » et créent entre eux des liens qui vont bien au-delà du simple intérêt pour la recherche.

Il n’y a eu qu’une seule contribution sur la supervision : celle que nous avons présentée et qui avait déjà fait l’objet d’une présentation l’an dernier à Ashridge.

Cette étude part d’une observation que nous avons faite depuis 2010 au cours de nos formations de superviseur de coach et qui concerne les similarités de comportement des stagiaires.

Nous avons donc posé la question de recherche suivante : «“Is there a specific personality profile of supervisors or of coaches who want to become supervisors?

Les analyses quantitatives sur le profil de personnalité des coachs sont rares. Ainsi par exemple Jonathan Passmore (2006) a utilisé le MBTI et identifié les différences entre les coachs et leurs clients. Les analyses sur la personnalité des superviseurs sont inexistantes.

La première étape de notre étude a été de mettre au point une méthodologie et pour cela choisir un outil de mesure. Nous avons préféré un outil dimensionnel et sélectionné le concept de Défense du Moi initialement élaboré par Anna Freud en 1936.

L’hypothèse opérationnelle proposée est finalement : “The ego defenses of supervisors or candidates to become supervisors are more oriented towards mature ego defenses than the general population and the population of coaches”.

Parmi les différents outils de mesure des défenses du Moi celui finalement sélectionné est le DSQ De Bond (1983) dans sa version à 72 items (DSM-III-R DSQ, voir Andrews & al., 1993).

La population étudiée se compose de 41 coachs et 18 superviseurs qui sont comparés entre eux et avec la population générale (n= 388). Le test de Student a été utilisé pour ces comparaisons.

L’hypothèse opérationnelle n’est pas vérifiée : Les défenses matures des coachs ne se distinguent pas de celles de la population générale et pour celles des superviseurs la sublimation est significativement moindre.

Pour les autres défenses, les coachs sont moins inhibés et idéalisent moins que la population générale. Au niveau des défenses immatures des deux populations, plusieurs sont significativement plus basses (Agression passive, isolation et retrait autistique) tandis que la rationalisation est significativement plus haute.

Donc en résumé coachs et superviseurs sont des personnes plus dans le lien que la moyenne tout en rationalisant. Retenons que les superviseurs subliment significativement moins et laissent donc passer quelque chose de leurs désirs archaïques. C’est justement ce qui avait attiré notre attention et conduit à poser la question de recherche.

Il a beaucoup été question de qualité et de validité au cours de ce colloque. La recherche en coaching traverse en effet une passe difficile en raison de du manque d’étude de qualité et du manque de coordination entre les efforts des chercheurs. Dans le monde académique les nouvelles recherches sont challengées et s’inscrivent dans une continuité qui est assurée par d’éminents Professeurs d’université. Dans le monde du coaching les recherches sont comme une poignée de riz jetée dans une prairie : chaque grain disparait sous les herbes et il est quasiment impossible de les rassembler pour cuisiner un délicieux gâteau (une percée conceptuelle majeure). En outre, la difficulté à de distinguer des paradigmes de la psychothérapie a été souligné.

Beaucoup de travail devant nous mais toute une nouvelle génération enthousiaste arrive, comme par exemple cette coach Polonaise de 23 ans (elle vit en Grande Bretagne et y coache depuis 5 ans) dont la recherche porte sur la possibilité pour un coach Y d’avoir pour clients des dirigeants.

Il y aura plusieurs évènements relatifs à la supervision au cours du troisième trimestre : le colloque organisé par Oxford-Brookes University en juillet, l’université d’été de l’ANSE à Zadar en Croatie en aout et le colloque de EC Vision sur les compétences à Vienne en septembre. Nous y participerons et vous donnerons des nouvelles, as usual.


Le futur de l’organisation de la supervision

Michel Moral

Mon mot du jour concerne un article paru récemment dans le périodique e-O&P qui consacre deux numéros à une discussion entre spécialistes sur le futur du coaching.

L’auteur, Vikki Brock, se place du point de vue de l’ICF aux USA pour décrire en détail les prises de position successives de l’ICF sur la question de la supervision et prendre elle-même parti dans le débat. Je peux fournir une copie de l’article à ceux ou celles que cela intéresse.

Cet article est en résonnance avec celui de Bob Garvey paru dans le précédent numéro du même périodique où il traite de son sujet favori : l’évolution du coaching depuis le « Wild West », système sans loi, vers le « Néo-féodalisme », monde de privilèges et de surveillance. Il voit en effet se former les strates depuis le coach non accrédité, puis accrédité à divers niveaux, puis le superviseur non accrédité et enfin accrédité. Une stratification analogue à celle qui distinguait écuyer, chevalier, baron, vicomte, comte, marquis, duc…

Bob est Professor de Management à l’Université York St John. La providence l’a doté d’un très gros QI et d’un humour décapant. Il mène sa croisade depuis des années, de colloque en colloque. Dans mon mot de juin 2014 sur le colloque international de superviseurs qui se tenait à Ashridge je disais :
« La question du néoféodalisme (présentation de Bob Garvey) est centrée sur celle d’un pouvoir détenu par peu de personnes, en particulier celui de décider comment la profession se structure.

Pour l’instant, ce sont surtout des groupes de travail spécialisés au sein des associations de coachs ou de superviseurs qui ont l’initiative, un peu sous la pression des clients, pas du tout à la demande des coachs eux-mêmes et bientôt beaucoup sous la pression des Pouvoirs Publics (UE en particulier). Ces groupes ne représentent que quelques dizaines de personnes dans le monde, fort peu en vérité, et qui en outre se connaissent bien. Vaste sujet de réflexion qui a donné lieu à de passionnantes discussions. »

Dans son article Vikki, qui est membre d’ICF (MCC) et spécialiste de l’histoire du coaching, voit l’apparition des mentors pour coachs dans le milieu des années 90. Ce n’est qu’en mars 2010 (le 25, exactement) qu’ICF définit le « mentor coach » dont le rôle est de porter le coach vers l’accréditation (« credential ») en le coachant sur ses compétences.

Un peu plus tard, en 2012, l’ICF précise comment elle distingue le « mentor coaching » de la supervision des coachs.
Vikki donne ensuite des explications bienvenues sur les diverses prises de position d’ICF sur la supervision intervenues au cours de l’année 2014 et qui n’étaient pas très claires vues d’ici : Damian Goldvarg (President) en juillet, Task Force de Tammy Turner, George Rogers (Assistant Executive Director) le 26 septembre et enfin clarification sur le site ICF le 14 décembre.

C’est sûr, le fait que la supervision devienne progressivement obligatoire ne plait pas à Vikki. A ce point, il faut souligner que ce que recouvre exactement la supervision n’est pas très clair mais elle précise les références exactes que chacun peut consulter. Selon elle les dangers pour la profession de coach sont les suivants :

  • Rendre floue la limite entre coaching et psychothérapie
  • Permettre aux Pouvoir Publics une régulation abusive
  • Faire supporter aux coachs des dépenses excessives
  • Et finalement contrôler l’industrie du coaching au bénéfice de ceux ou celles qui exercent ce contrôle (ce qui rejoint la thèse de Bob Garvey).

Elle conclut cette partie en écrivant : « This culture shift in the coach profession to more control by professional associations, through mandated supervisory practices, may lead to coaches voting with their feet”.

Si nous ne pouvons discuter ici de ce qui se passe aux USA et dans quelle mesure les craintes de Vikki y sont fondées, il semble que la situation en Europe est différente : l’Union Européenne et certains gouvernement (Italie par exemple) ont commencé à mettre leurs doigts dans le pot de confiture tandis que le monde Anglo-Saxon découvre avec stupéfaction le travail remarquable mené par l’ANSE.