L’identité de superviseur de coach


Bonjour

Je discutais récemment avec un superviseur en formation qui s’étonnait que dans l’école où il est formé il y a encore beaucoup de confusion entre supervision et coaching de coach. Je pensais que cette question avait été réglée mais cette conversation m’a amené à réfléchir sur la question de l’identité professionnelle de superviseur.

Sans faire appel à des notions compliquées sur l’identité professionnelle, nous pouvons dire que celle-ci repose avant tout sur l’appartenance à un collectif qui reconnait ladite profession et sur une définition claire de ladite profession.

Position des associations

Pour ce qui concerne la supervision, comme pour toute autre profession de l’accompagnement, les qualités requises pour une association qui a pour membres des superviseurs sont :

1 – Offrir un référentiel de compétences de superviseur spécifique,

2 – Offrir un code de déontologie qui prend en compte les spécificités de la supervision,

3 – Définir des critères de qualité pour les formations de superviseur,

4 – Définir précisément les conditions de la formation professionnelle continue des superviseurs,

5 – Offrir des processus de certification et d’accréditation individuelle de superviseur,

6 – Offrir une assurance professionnelle adaptée à la supervision,

7 – Avoir en place un processus de recueil des plaintes et de mesures disciplinaires,

8 – Etre en mesure de négocier avec les Pouvoirs Publics (UE, Gouvernement local) les conditions d’exercice de la supervision afin de défendre la profession.

 

Nous sommes en mesure de dire que l’EMCC et l’ANSE répondent aux 8 critères. L’Association for Coaching (AC) répond à tous sauf le 3 et le 8 qui n’est agi qu’en Grande Bretagne. Enfin, les associations internationales qui ont pour membres uniquement des superviseurs (AOCS, AAOS, etc…) répondent à la majorité de ces critères.

Outre les conditions ci-dessus les associations doivent avoir une identité forte dans la supervision, c’est-à-dire l’inclure dans la vision, la mission, la stratégie et le plan d’action. Ce dernier doit être décliné selon les différents domaines concernés par la supervision : Qualité, Accréditations, Déontologie et Ethique, Action auprès des régulateurs et Recherche.

Là encore l’EMCC répond à ces critères. La communication sur cette posture est encore à améliorer. Mais, peut-être avez-vous remarqué que les colloques internationaux de l’EMCC couvrent désormais le coaching, le mentoring ET la supervision.

Définition de la supervision

La plupart des associations et auteurs d’ouvrages délivrent une définition ramassée en quelques lignes qui est toujours le résultat d’âpres discussions entre experts.

Au-delà de ces définitions, les trois associations (EMCC, AC et ANSE) se rejoignent sur le fait que la supervision couvre les domaines suivants qui constituent le socle de la construction d’une identité de superviseur :

– des standards. Ce sont les compétences, celle du sujet, le superviseur, et celles de son objet, le supervisé. L’EMCC, l’AC et L’ANSE ont des référentiels de compétences de supervision distincts de ceux du coaching qui permettent un ancrage assez facile dans l’identité de superviseur : « Lorsque coache je suis un coach et lorsque je supervise je suis un superviseur ».

– Des critères de qualité

Les trois associations ont établi des conditions d’accès spécifiques pour l’accès à la profession de superviseur. En ce qui concerne l’EMCC, ce sont : la formation, de préférence ayant le label de qualité ESQA, et l’accréditation, si possible l’ESIA.

Pour les trois associations il est prévu que ces conditions répondent à terme aux exigences de l’ECVET (European Credit system for Vocational Education and Training) qui est un système européen de crédit d’apprentissages pour l’enseignement et la formation professionnels.

Au niveau du Développement Professionnel Continu (CPD), l’EMCC a publié un e-book : Continuous Professional Development (CPD), A Guide for Coaches, Mentors and Supervisors.

Depuis 2011, il existe par ailleurs des colloques internationaux spécifiques pour les superviseurs (Oxford-Brookes, etc…), et plus récemment des communautés internationales de superviseurs qui se sont créées pour offrir un CPD spécifique aux superviseurs. Parfois même ces cercles sont réservés uniquement aux superviseurs les plus aguerris.

Egalement une stratégie de recherche est établie en vue d’améliorer la qualité.

– Des réponses aux exigences éthiques

EMCC et AC ont cosigné un code de déontologie (Code Global) qui répond aux exigences éthiques de la position de superviseur vis-à-vis du supervisé, du client de ce supervisé et des organisations éventuellement impliquées (celle du superviseur, celle du supervisé et celle du client du supervisé). L’ANSE a aussi un code adapté à la supervision.

– Des fonctions exercées par le superviseur qui se distinguent de celles du coaching

Il s’agit de :

  • Développer les compétences et aptitudes du coach/mentor/superviseur
  • Offrir un espace de support pour réfléchir aux expériences vécues au cours du travail avec les clients
  • Favoriser des pratiques professionnelles de qualité conformes aux normes et à la déontologie.

– Des techniques spécifiques distinctes de celles du coaching

Les outils, méthodes et techniques de la supervision sont nettement distincts de ceux du coaching. Ainsi par exemple en est-il de la dizaine d’approches pour la résolution des dilemmes éthiques rencontrés en coaching (voir l’article sur le site Undici.fr : Stretching Ethical Dilemmas – A creative tool for supervisors.

Egalement, en supervision collective nous avons dénombré plus de cent processus spécifiques à la supervision.

L’identité de superviseur

Il est clair que l’existence d’un référentiel de compétences de superviseur spécifique facilite grandement l’établissement d’une identité de superviseur.

Cet adossement à un référentiel de compétences est maintenant bien compris pour le coaching mais pas encore pour la supervision. Cela est peut-être dû au fait qu’il n’y a pas de consensus sur la définition de la supervision.

L’expérience (la nôtre et celle d’autres formations de superviseurs avec qui nous avons échangé) montre que l’établissement d’une identité de superviseur nettement distincte de celle du coach est assez rapidement établie en formation de superviseur : environ au quatrième jour de formation.

Les variations observées autour de cette moyenne sont reliées aux croyances installées durant la formation de coach et véhiculées par certains courants du coaching : « la supervision est un art qui n’est accessible qu’à certains », « la supervision est du coaching de coach », « la supervision n’est pas un métier qui s’apprend », « le superviseur n’a pas besoin d’être supervisé », « pas besoin de compétences spécifiques, celles du coaching suffisent », etc…

Avec Florence Lamy nous avons effectué une recherche pragmatique et mis au point un outil d’inclusion ayant pour objectif d’accélérer l’établissement d’une identité de superviseur au cours de la formation. Voir sur le site Undici.fr l’article : Symbolism and inclusion in supervision : developing professional identity and reinforcing the group dynamic, Papers from the 3rd EMCC Research Conference 27 & 28 June 2013, Trinity College, Dublin, Ireland.

Cette recherche a été initialement présentée au colloque international d’Oxford-Brookes en 2012 et suscité d’intéressantes recherches complémentaires que nous avons pu discuter les années suivantes.

Tout ceci fait l’objet de beaucoup de réflexions au niveau international.

Bon week-end


mm

A propos de Michel Moral

Michel Moral a été dirigeant au sein d’entités internationales chez IBM. Il a vécu plusieurs années aux USA, en Allemagne et en Autriche. Ingénieur de formation (Centrale Paris) il est aussi docteur en Psychologie. Il est passionné par la question de l’efficacité d’une équipe dirigeante et par celle de l’intelligence collective. Enseignant à Paris VIII, à l’Université de Cergy-Pontoise et au CRC d’HEC, il coache des dirigeants, des équipes dirigeantes et supervise des coachs et peut intervenir en Français et en Anglais.