Supervision des coachs – superviser le coaching de l’intelligence collective


Bonjour,

De plus en plus de missions de coachings d’équipe ou d’organisation visent à permettre aux équipes clientes d’aller vers l’intelligence collective.

Avec le temps, je me rends compte que la supervision de ces missions passe par des techniques particulières.

L’intelligence collective

Nombreux sont ceux qui en parlent mais les définitions données sont extrêmement variables selon les auteurs. La notre, avec Florence Lamy, est : « C’est ce qui permet à l’équipe d’avoir à la fois performance, bien-être et harmonie » (*).

Reste la question de la nature véritable de l’IC sur laquelle les auteurs ont des positions divergentes. Par exemple, je propose le petit exercice suivant aux stagiaires de la formation universitaire de Cergy-Pontoise sur l’IC : « Indiquez la position des auteurs que vous connaissez sur un graphe dont l’axe horizontal est la proportion d’humain dans l’IC et l’axe vertical une nature continue ou quantique de l’IC ». Après plusieurs années le positionnement moyen des auteurs par les stagiaires se présente comme sur l’illustration de l’article.

Parmi tous les travaux sur l’IC j’ai beaucoup aimé ceux d’Anita Woolley (2010) et de David Engel (2014) qui ont mené des recherches quantitatives sur l’IC. Leur définition de l’IC est : « C’est ce qui permet à l’équipe d’atteindre une haute performance pour des taches variées ».

Ils ont étudié des dizaines d’équipes travaillant en face à face ou à distance, et montré le rôle clef de l’intelligence relationnelle et de la Théorie de l’Esprit dans l’IC.

La supervision des « missions IC »

Les équipes de coachs qui accompagnent des équipes clientes vers l’IC ont chacune, selon leur formation sur le sujet, leur propre idée sur ce qu’est l’IC et donc sur l’état désiré.

En tant que superviseur nous devons surtout nous garder de nous laisser embarquer par nos convictions sur le sujet. En effet, outre la variété des théories, il faut prendre en compte que les équipes clientes (que nous ne connaissons pas) ont leurs propres caractéristiques culturelles qui font que l’IC n’a pas la même saveur pour chacune : une équipe de Google ne verra pas l’IC comme la verrait une équipe du Ministère des Finances. En outre, les finalités de l’équipe sont très variables entre une équipe de chercheurs, une équipe travaillant dans un satellite habité ou une équipe de foot. Trouver, assurer la sécurité à 100% ou gagner ne vont pas conduire à la même forme d’IC.

Cela étant établi, pour nous superviseurs la détection des manifestations du reflet systémique (processus parallèle) reste au cœur de ce type de supervision. On distingue :

– Le reflet systémique montant (ou « amont ») : l’équipe de coachs va reproduire et symboliser certains des fonctionnements actuels de l’équipe cliente. La recherche de Margery Doerhman (1976) (**) indique que le reflet systémique monte dans 100% des cas (**).

– Le reflet systémique descendant (ou « aval ») : l’équipe cliente reproduira les fonctionnements de l’équipe de coachs. La recherche de Margery Doerhman (1976) (**) indique que le reflet systémique descend dans seulement une partie des cas.

Les reflets systémiques montants sont un des fondements de toute supervision des coachs : ils renseignent sur l’état de l’équipe client.

C’est dans la recherche de reflets systémiques descendants que tout se joue au cours de la supervision des « missions IC » : l’équipe peut s’autosatisfaire d’un mode de fonctionnement qualifié d’intelligent que le superviseur va trouver « banal » ou « génial » selon ses propres conceptions sur l’IC et/ou sa propre expérience. Le superviseur pourra avoir la tentation de se mettre en position haute ou basse alors que c’est justement là que la métacommunication et la co-construction en parité sont importantes.

Ce sont des thèmes dont il est question en supervision de superviseur. Par ailleurs, une recherche récemment soutenue à l’Université Oxford-Brookes sur le développement des superviseurs expérimentés effleure aussi le sujet. La communauté internationale des superviseurs de coachs commence à s’y intéresser et nul doute que nous verrons des progrès d’ici peu.

Belle semaine

Michel Moral

Formateur de superviseurs de coachs avec Florence Lamy (qui a obtenu le 2017 Supervision Award de l’EMCC)  

(*) Dans notre livre « Les outils de l’intelligence collective » publié en 2013, notre définition n’incluait que performance et bien-être.

(**) Doehrman Margery (1976) Parallel process in supervision and psychotherapy. Bulletin of the Menninger Clinic, 40(1), 9‑104.


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A propos de Michel Moral

Michel Moral a été dirigeant au sein d’entités internationales chez IBM. Il a vécu plusieurs années aux USA, en Allemagne et en Autriche. Ingénieur de formation (Centrale Paris) il est aussi docteur en Psychologie. Il est passionné par la question de l’efficacité d’une équipe dirigeante et par celle de l’intelligence collective. Enseignant à Paris VIII, à l’Université de Cergy-Pontoise et au CRC d’HEC, il coache des dirigeants, des équipes dirigeantes et supervise des coachs et peut intervenir en Français et en Anglais.